Témoignage de Florence, maman d'Anthony
Lorsque nous sommes allés faire une conférence à Palavas les flots, près de Montpellier, pour l’association « Le Souffle d’or », nous avons eu le plaisir de revoir un couple d’amis que nous n’avions pas vu depuis des années.
Nous avons été très heureux de nous revoir et avons pu longuement discuter. La conférence se déroulait à quelques kilomètres de chez eux. La vie de ce couple, Florence et Laurent, a été très marquée, car ils ont été confrontés à une épreuve terrible, celle du départ d’un enfant. Nous avons donc eu le plaisir de les revoir, nous sommes allés chez eux. Nous avons été très touchés par cette force qui les unit l’un à l’autre face à cette vie différente. Ils ont fait un cheminement considérable depuis l’envol de leur petit ange. Tous les deux, main dans la main, affronte le quotidien avec cette merveilleuse connaissance et certitude que leur fils est avec eux. Ils ont su reconnaître les signes qu’il a pu leur envoyer ; ils ont pu, ainsi, affronter cette dure réalité de l’absence physique de leur enfant.
Florence a témoigné lors de ma conférence devant un large public, c’était une première pour elle.
Voilà qu’elle était son intention : « Si mon témoignage peut apporter un peu de réconfort à des parents, ou à d’autres, qui ont vécu cette terrible épreuve du deuil, je serais heureuse de les aider en partageant avec eux mon témoignage. Je ne cherche pas à convaincre qui que se soit, chacun est libre de croire ou de ne pas croire, mais c’est précisément ce vécu dont je vais témoigner, qui nous a permis, à mon mari et à moi, de survivre à cette épreuve qui restera la pire jamais vécue ».
Voici, avec l’accord de Florence, un extrait de son témoignage.
(Palavas-les-flots, théâtre le Nautilus, le 18 janvier 2009)
Je m’appelle Florence, j’habite dans la région de Montpellier. Avec mon mari, Laurent, nous avons mis au monde deux beaux garçons, Nicolas et Anthony.
Si je vous livre mon témoignage aujourd’hui, ce n’est pour vous parler de cette épreuve terrible qu’est le départ d’un enfant, mais pour vous expliquer comment, mon mari et moi avons découvert que derrière ce mot « mort » se cache la continuité de la vie. Loin de moi l’idée de vous convaincre, je témoigne seulement pour partager mon expérience qui pourra, je l’espère, aider d’autres personnes ou les éveiller sur l’existence d’une autre réalité.
Nous vivions, tous les quatre, une vie de famille sans problème, baignée dans l’amour comme bon nombre de familles. Nous avions une joie immense, Laurent et moi, de voir que nos deux fils découvraient les merveilles de ce monde. Mais un jour, tout a basculé. Anthony, le plus jeune, est brutalement tombé malade, il s’est affaibli brutalement. Nous ne savions pas ce qu’il avait. Anthony a été hospitalisé en urgence, 15 jours avant de fêter ses 3 ans. Nicolas, son frère, était alors âgé de huit ans. Inutile de vous dire que nous étions tous les trois, Laurent, Nicolas et moi, très inquiets. Nous attendions les résultats dans ce grand hôpital, mais je pressentais déjà que quelque chose de grave tant tout avait été subit. Qu’est-ce que les médecins allaient nous annoncer ? L’attente était interminable et invivable ! C’est alors que les portes de la salle d’attente de ce centre hospitalier se sont ouvertes, un médecin en blouse blanche nous a accueillis. Son visage était fermé. Le verdict est tombé : une leucémie !
Le ciel venait de s’effondrer sur nos têtes !
À l’annonce de cette terrible nouvelle, Laurent, mon mari, a fait un malaise, il s’est écroulé devant moi. Immédiatement, j’ai été envahi par une seule envie, celle de serrer très fort mon petit ange dans mes bras et de lui dire que sa maman était là et qu’elle ne l’abandonnerait pas. J’ai dû attendre avant de le voir. Quand j’ai enfin pu le serrer contre moi, j’ai éprouvé un sentiment terrible : je ne pouvais même pas le regarder dans les yeux. La raison est simple à comprendre : j’avais un tel sentiment d’impuissance que j’en étais malade.
Son état était tellement inquiétant que, dès le lendemain, il commençait une séance de chimiothérapie. Ce fut une expérience terrible pour un petit bout de chou qui n’avait même pas trois ans, c’était encore un bébé, mon bébé ! Bien que ces traitements étaient très durs pour lui, Anthony a fait preuve d'un courage exemplaire ; il nous donnait la force de tenir grâce à son déterminisme et à sa volonté de guérir.
Une de mes amies pratiquait le Reiki, elle m’a appris cette technique que j’utilisais sur Anthony pour le soulager. Cela semblait lui faire du bien, car, très souvent, il me demandait de « lui mettre les mains », tels étaient ses mots ! Je n’avais pas d’autre solution ! Que pouvais-je faire d’autre ?
À l’hôpital, avec la permission des parents, j’en faisais sur d’autres enfants hospitalisés. Cette énergie marchait et quel bonheur de les voir ensuite courir et s’amuser dans les couloirs !
Anthony aimait beaucoup que l’on pratique ce soin sur lui, il était très demandeur.
Après une longue bataille contre cette terrible maladie, Anthony a pu, enfin, quitter ce centre hospitalier et rentrer chez lui, chez nous.
Les mois, les années sont passées. Il était toujours sous observation, en rémission.
Mais Anthony a rechuté trois ans plus tard, la veille de ses 6 ans. Il est à nouveau rentré à l’hôpital et, cette fois-ci, j’ai vu mon petit bébé changer de jour en jour. Nous avons fait tout notre possible pour lui changer les idées, être proche de lui. Mais dès son arrivée à l’hôpital,
Anthony a eu des attitudes étranges. Pour exemple, il voulait que le père Noël lui offre un télescope. Étrange pour un petit garçon de 6 ans ! Je lui ai alors demandé pourquoi un tel jouet ? Parce que je veux voir les étoile de près ! Voir ce qu’il y a après !
Je voyais qu’Anthony s’évadait petit à petit. Sur son lit, quand il était éveillé, il dessinait beaucoup. Il dessinait sa famille : son papa, sa maman et son frère. Il nous représentaient toujours le visage noirci, comme s’il ne voulait pas que nous puissions le voir malade. Il voulait nous protéger. Il ne nous avait jamais représentés ainsi avant.
Une chose m’interpellait énormément, me faisait mal même : lui n’était pas dans cette représentation de la famille alors qu’il avait toujours fait des dessins sur lesquels nous étions représentés les quatre !
J’ai insisté pour qu’il se dessine, qu’il se représente. Il me répondait qu’il n’était pas là ! J’insistais, j’avais mal ! Il a alors accepté et s’est étrangement représenté flottant dans une bulle, avec un grand sourire ; il se voyait heureux. Puis, au fils des jours, il se représentait dans une sorte de tunnel, jaune, la façon qu’il avait de représenter le soleil ou la lumière.


Mon fils m’échappait peu à peu, j’étais spectatrice de cette scène, mais impuissante. Les derniers jours, Anthony dormait beaucoup. Les infirmières m’avaient dit que lorsqu’elles allaient dans sa chambre, elles ne faisaient pas de bruit pour ne pas le réveiller, car Anthony leur avait dit :
- Mais laissez-moi tranquille, je veux dormir.
Quand il dormait, je savais qu’il était paisible, calme, sans souffrance. Dans son repos, que je lui ai murmuré à maintes reprises : Anthony va vers la Lumière Anthony va vers la lumière.
Dans ces instants, certains prient, moi je ne pouvais pas, je ne comprenais pas pourquoi, si un Dieu existait, il permettait cela !
Je regardais les dessins d’Anthony, ce furent les derniers dessins qu’il ait fait. Il est décédé 17 jours après son entrée à l’hôpital.
C’est alors que j’ai sombré dans une effroyable tristesse, aucun mot n’est assez fort dans notre langage pour décrire l’intensité de cette souffrance qui martèle à chaque seconde, sans répit, sans l’ombre d’un espoir. Tout était vain, fini !
J’ai essayé de lire. En tout premier lieu, ce qui m’a sauvé, c’est le livre du Dr Raymond Moody « La vie après la vie ». Ce livre m’a interpellé. Je me suis alors demandé : Et s’il avait quelque chose après ?
Puis une amie m’a présenté une personne qui venait, elle aussi, de perdre son fils d’une méningite foudroyante. Discuter ainsi, avec des parents qui avaient été confrontés à la même épreuve, me réconfortait beaucoup. Cette dame m’a parlé d’une association d’aide qui venait dans ma région, une association qui allait parler d’une possibilité d’entrer en contact avec les personnes décédées en enregistrant leurs voix sur une bande magnétique. Un autre thème allait être abordé, celui de l’écriture automatique. Mon mari et moi ne connaissions rien de tout cela, nous étions perplexes, mais s’il y avait une chance que tout cela soit vrai, nous ne voulions pas manquer cette chance d’y assister ! Ainsi, mon mari, ma mère et moi avons décidé de nous rendre à cette réunion. Nous étions prêts à tout.
Une des intervenantes pratiquait l’écriture automatique. Elle a expliqué, lors de la conférence qu’il lui était possible d’entrer en contact, par le biais de l’écriture, avec des personnes qu’elle décrivait vivantes dans l’au-delà. Quel merveilleux espoir ! Mais est-ce que tout cela était réel ? À la fin des conférences, cette intervenante dédicaçait ses livres. Je me suis approché d’elle et j’ai saisi un livre pour le lui acheter. Elle était assise à une table, un stylo à la main. Je n’ai pas osé lui parler, trop intimidée. C’est elle, la première, qui s’est adressée à moi :
- Bonjour, Madame, vous avez- un fils dans l’au-delà !
J’étais stupéfaite, comment pouvait-elle savoir que j’avais effectivement « perdu » un enfant ? Comment savait-elle qu’il s’agissait d’un garçon ?
Très émue, je lui ai répondu positivement en hochant la tête. Elle alors pris le livre que j’avais choisi ; elle s’est alors concentrée. En guise de dédicace, voici ce qu’elle a inscrit sur le livre :
Votre douleur doit être joie, joie, joie. C’est dur à dire, mais le petit est heureux, si heureux, si près de vous. Il a regagné les hautes sphères divines, comme un ange qui jouerait là-haut.
Vous aimez vos enfants de manière si différente. Il est en train de me dire : « la chambre, la chambre », mais cela ne fait rien, plus rien, car je suis en vos cœurs. N’ayez crainte, je vous enverrai des preuves pour répandre l’amour !
Mon mari est parti se cacher derrière une plante pour pleurer, car effectivement la chambre avait une signification toute particulière. En fait, son frère, Nicolas, avait voulu prendre la chambre d’Anthony. Nous avions accepté avec plaisir, sous condition qu’il la tienne ordonnée, comme l’était son frère. Mais malheureusement, au fil des jours, la chambre était de plus en plus en désordre. Malgré nos remarques, il ne la rangeait pas. Nous avons alors demandé à Nicolas de revenir dans sa chambre, celle qu’il occupait auparavant. Il est apparu clairement à nos yeux, qu’en donnant ce message en écriture automatique, Anthony nous disait que l’état de rangement de la chambre n’avait plus d’importance, qu’il se moquait du désordre. C’est lui qui avait raison. Un moment fort en émotion !
Dans cette même journée, nous avons rencontré un autre conférencier qui pratiquait l’enregistrement des voix sur magnétophone ; nous avions appris que cette technique s’appelait la TCI. Il se déplaçait chez les gens pour les aider. Nous l’avons rencontré et lui avons demandé s’il accepterait de venir chez nous. Très gentiment, il nous a fait le plaisir de venir. Nous avons fait avec lui une séance d’enregistrement, il a sorti une cassette de son emballage devant nous. Nous avons pu voir son sérieux. Il nous a dit que sa démarche était bénévole. Au cours cette expérience, nous avons clairement pu entendre la voix de notre fils, avec des signes de reconnaissance.
C’est ainsi, qu’au fil du temps, nous avons eu la chance de découvrir, de décrypter les signes et messages de notre fils. Notre amour a été assez fort pour nous ouvrir à une autre réalité, qui nous paraissait difficile à croire, au début, il nous faut bien l’admettre. Désormais, il est vrai que nous savons que la survivance de l’âme est réelle tant les faits, les preuves sont irréfutables. À chaque seconde qui passe, nous pensons à lui comme un être en évolution dans un ailleurs et non comme un souvenir. Anthony est avec nous, parfois nous le sentons. Des signes, des faits étranges, des « hasards » nous prouvent que tout continue, que rien ne finit.
Florence.
